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Le Mur de Berlin


Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, la frontière entre les secteurs des puissances occidentales et le secteur de Berlin-Est fut fermée par la pose de grillages et de barbelés, 12 des 81 points de passages furent barrés et le trafic entre les deux parties de la Ville et entre la zone Ouest et sa périphérie entièrement interrompu. Le 13 août est entré dans l’histoire comme la date de la construction du Mur. Jusque là, on pouvait circuler librement dans Berlin entre les deux mondes. Les Berlinois étaient quotidiennement confrontés à deux systèmes de société et pouvaient, en se rendant de l’autre côté de la ville, établir directement une comparaison lors de conversations avec des membres de la famille, des amis ou des connaissances. Jusqu’au 13 août, beaucoup de personnes faisaient encore la navette entre l’Est et l’Ouest pour se rendre à leur travail. Il n’existait aucun lieu au monde où le communisme et le capitalisme étaient aussi directement confrontés.


A Berlin, se menait pour le monde entier une bataille idéologique entre le socialisme et le capitalisme. Etant donné que le succès économique était considéré comme preuve de la supériorité d’un système social, l’échec des tentatives de relever le niveau de vie de la RDA à celui de l’Allemagne de l’Ouest fut désastreux pour ses dirigeants. A l’Ouest, on envisageait des augmentations de salaires importants tout en diminuant les heures de travail. L’émigration de la population de la RDA à travers Berlin-Ouest contribua pour une grande part à la crise économique qui aurait pu conduire à un effondrement total sans les aides de l’Union soviétique: le destin de la RDA se jouait donc à Berlin. La direction du Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, SED), qui elle-même pensait qu’une grande partie des fuites avaient aussi des motifs économiques, s’efforçait de ce fait d’obtenir l’accord des pays de l’Est pour le bouclage de la frontière des différents secteurs.


Berlin fut l’unique sujet de la rencontre au sommet entre Nikita Khrouchtchev et John F. Kennedy à Vienne en juin 1961. Khrouchtchev réclama, comme dans son ultimatum de Berlin en 1958, le retrait des Alliés de la Ville et la transformation de Berlin-Ouest en « ville libre », c.-à-d. en unité politique indépendante. L’atmosphère devint si glaciale que des deux côtés on envisagea la possibilité d’entrer en guerre. Aussi, les nouvelles de l’avance de véhicules militaires dans la nuit de la construction du Mur auraient-elles pu être faussement interprétées comme préparatifs pour une attaque armée contre Berlin-Ouest. La police de Berlin-Ouest qui reçut l’ordre de se rendre aux frontières des différents secteurs, observa cette action martiale qui s’arrêta toutefois exactement à leur frontière. La peur d’une guerre explique pourquoi les forces occidentales réagirent si modérément : on était finalement rassuré que cela n’ait pas abouti à un conflit militaire.


Le 15 août 1961 on commença la construction d’un mur en parpaings et en briques bientôt consolidé par des plaques de béton superposées aux endroits où l’on craignait des « percées ». Les maisons au voisinage du Mur furent évacuées et leurs portes et fenêtres murées. Les tentatives de fuite, réussies et manquées, parfois spectaculaires (la fuite par un tunnel par exemple qui fut financée par un reportage d’exclusivité de la NBC) furent systématiquement analysées en RDA et prises en compte pour le renforcement des installations frontalières. Bientôt des miradors, des défenses antichars, des barrières de contact, des pistes pour chiens et des fossés de défense contre les véhicules vinrent s’ajouter au mur et aux barbelés. Les troupes frontalières avaient ordre de tirer sur les fugitifs : « les percées de la frontière doivent être empêchées ». Le Mur, du fait qu’il traversait le centre de la Ville, devint un centre d’intérêt pour le monde entier. Mais, les barrières de la frontière allemande intérieure étaient bien plus étendues et comportaient des champs de mines.


Du fait de la construction du Mur, tous les contacts entre Berlin-Est et Berlin-Ouest furent interrompus. Le 23 août 1961, il fut interdit aux Berlinois des secteurs Ouest de se rendre dans le secteur Est. Les communications téléphoniques entre les deux parties de la ville furent coupées jusqu’au 31 janvier 1971. L’Occident faisait une « politique des petits pas » dans le but d’améliorer la condition humaine et de rendre le Mur plus perméable. A Noël 1963, le premier accord concernant la délivrance de laissez-passer permit la visite de Berlinois de l’Ouest à Berlin-Est.


Lorsqu’on parle aujourd’hui du « Mur », il s’agit en fait en règle générale du « mur frontalier 75 », connu à l’Ouest comme « mur de la quatrième génération ». Cette nouvelle forme de mur frontalier conçue après des attaques simulées sur des murs d’exercice composés d’éléments préfabriqués utilisés à des fins agricoles ne pouvait plus être enfoncé par des véhicules, au contraire du mur en béton de la « troisième génération » (depuis 1965) dépassant la hauteur d’un homme. Les éléments en béton composant ce mur avaient chacun une hauteur de 3,60 m, une épaisseur de 15 cm et une largeur de 1,20 m et étaient placés à quelques mètres en retrait de la frontière de Berlin-Est. La raison de cette nouvelle installation n’était pas seulement le renforcement de la sécurité frontalière, mais aussi le désir de remplacer des éléments à l’allure fortement martiale par un mur blanc et lisse donnant au monde extérieur une image plus positive de la RDA. Devant ce mur du côté Est, il y avait une large piste de contrôle, puis un fossé anti-véhicules et une installation d’éclairage. Derrière le chemin de ronde asphalté pour la circulation des colonnes militaires, derrière les miradors et les bunkers, se trouvait une barrière de contact avec alarme de détection composé de poteaux de béton tendus de fils de fer barbelés. Ce no man’s land était entouré d’un deuxième mur, dénommé « mur d’arrière-plan » (Hinterlandsmauer).


Les œuvres de l’exposition « 1989-2009. Mur de Berlin. Artistes pour la Liberté » ont été exécutées sur des fragments provenant du mur de l’Est. Ce mur non accessible ni du côté Est ni du côté Ouest est resté blanc et sans inscriptions jusqu’en 1989. On ne pouvait apercevoir le mur et les installations frontalières qu’à partir de l’Ouest et à vol d’oiseau. L’image donnée aujourd’hui du Mur de Berlin correspond à la vue prise du côté Ouest sur la partie du mur parsemée de graffitis et de dessins qui était désignée dans le langage des troupes frontalières de la RDA comme le côté « ennemis » (feindwärtig) du « rempart antifascistes ». Le paradoxe de cette surveillance était, qu’en réalité, elle était dirigée sur le côté « amis », sur Berlin-Est et la RDA. Dans l’optique des Berlinois de l’Est, ce mur fut l’un des derniers obstacles insurmontables. Leur expérience de la frontière n’a pas pu leur laisser d’image nette car celle-ci était fermée sur un vaste périmètre et soustraite à leurs regards.



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